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Une belle rencontre: Lamia Berrada Berca

Lamia Berrada Berca (image babelio)

Lamia Berrada Berca (image babelio)

          Le mercredi 5 avril dernier, quelques élèves de Jean Monnet ont eu l'opportunité de rencontrer Lamia Berrada Berca, venue nous parler en petit comité de son livre Kant et la petite robe rouge.

          Nous, élèves, principalement des BTS banque mais également quelques secondes, avons donc pu la rencontrer en chair et en os et lui poser nos questions.

          Elle nous a d'abord expliqué comment lui était venue l'idée de son livre. Avant qu'elle débute sa carrière d'écrivain, elle était professeure de français. Un jour lors d'un cours où avec sa classe ils analysaient Qu'est-ce que les lumières ? de Kant, elle a posé une question à une élève. Celle-ci a commencé à lui répondre par un avis global et impersonnel. L. Berrada Berca l'a interrompue, lui demandant de donner son avis à elle. L'élève n'a pas su répondre, et a dit « on ne m'a jamais appris à dire je ». Cette phrase a fait beaucoup réfléchir la professeure, qui a décidé par la suite d'écrire une sorte de conte moderne où la protagoniste porte une burqa, qui symbolise l'enfermement intérieur tandis que la robe rouge, objet tant désiré par la jeune femme, représente l'aboutissement et la liberté. Le chemin entre les deux est un chemin d'émancipation, qui représente l'identité en mouvement.

Petite explication pour ceux qui n'auraient pas lu le livre :

Ce livre nous parle d'Aminata, une jeune femme musulmane, qui contrainte de suivre son mari, a quitté son pays et sa famille, pour habiter en France. Elle ne sait ni lire ni écrire. Sa vie est une routine qui tourne autour de sa fille et de sa maison dont elle doit s'occuper. Un jour, en ville son regard va être attiré par une robe rouge dans la vitrine d'un magasin. Cette robe va être le centre de l'histoire, l'élément qui va permettre à Aminata de se révéler et de décider qui elle veut réellement être.

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Les personnages de L. Berrada Berca sont-ils créés de toute part ou vivent-ils quelque part en elle ?

          Elle travaille à l'instinct, ses personnages sont des voix à la base dans sa tête, elle ne les « fabrique» pas comme dans les scénarios de film ou de séries où les personnages et leur univers sont définis dès le début.

Quel est le rôle de la petite fille ?

          Kant et la petite robe rouge est un roman générationnel. Nos mères influencent qui nous sommes, de par leur caractère et qui elles sont. Mais ici la petite fille renvoie à sa mère ce qu'elle pourrait être…

Est-ce que pour elle écrire est la liberté suprême ?

          Elle a commencé à écrire à l'âge de 7 ans. La démarche d'écrire tout le monde l'a, mais elle s'exprime de façons différentes. Il n'y a pas que les livres publiés qui comptent, bien sûr qu'ils sont importants et qu'elle en est fière mais il n'y a pas qu'eux… Il y a aussi les manuscrits qui restent dans un tiroir et qui peut-être n'en sortiront jamais.

          Elle avait envoyé un mail suite au Salon du Livre de Paris. 10 ans après elle a reçu une réponse de la maison d'édition, et deux de ses manuscrits ont été publiés.

          Pour Kant et la petite robe rouge, c'est une autre histoire, "un accident de la vie", comme elle aime le dire. Ce n'était pas sa décision (à l(origine) de le faire publier. Une de ses amies, Géraldine P. s'en est indirectement chargée. En effet puisqu'elle a envoyé le manuscrit à une de ses connaissances qui travaillait dans une maison d'édition, qui s'est laissé séduire par la beauté et la légèreté de la plume de Lamia Berrada Berca. Inutile de dire qu'elle a été très surprise lorsqu'elle a reçu leur coup de fil et c'est ainsi que la publication de son troisième roman a eu lieu. Ca lui fait tout drôle de se dire qu'elle est devenue une "véritable romancière", d'autant plus que l'une des personnes qui a permis la publication de son livre, n'est d'autre qu'un ancien collègue qu'elle avait connu quasiment vingt-cinq ans auparavant et qu'elle ne lui avait jamais dévoilé qu'elle écrivait…

 Est-ce qu'elle cherchait à viser un public en particulier?  (une élève lui a dit que sa grand-mère, sa mère et elle-même avaient adoré le livre)

          L'auteur a répondu que pas vraiment. D'une certaine manière ce livre touche tout le monde.

          En abordant le sujet de la mémoire et du temps, elle a fait un lien avec l'actualité puisqu'elle a exposé le fait que tout le monde veuille construire des murs alors qu'il y en a déjà dans les têtes. De plus, le fait de construire des murs crée l'envie quasi obsédante de les briser. (vous vous en doutez le lien était celui avec le projet de Donald Trump avec le mur entre le Mexique et les États-Unis).

          Elle a également prononcé une très belle phrase sur le fait qu'on vit dans une époque où les mots sont vidés de leur sens, qu'il faut que tout le monde retrouve de l'espoir, des désirs, des rêves…

« Les mots nous transcendent, nous dépassent mais nous rendent humains. La force des mots fait tenir beaucoup de gens (prisonniers politiques, rescapés des camps…) »

          Pour conclure, cette histoire, constellée de déplacements et de migrations, nous montre le chemin que va prendre une jeune femme, auquel elle ne s'attendait pas grâce à un livre et une robe. Derrière ce conte moderne, se cachent beaucoup de questions profondes qui vont vous faire réfléchir, qui que vous soyez, sur beaucoup de sujets intemporels et qui touchent absolument tout le monde. C'est un livre écrit simplement mais vraiment très beau.

Pourquoi avoir choisi une fin ouverte ?

          Parce qu'elle -Aminata- emprunte un chemin vers l'inconnu, elle a de l'audace à un moment donné et va se donner de la force pour aller au-devant des choses. On a conscience dans notre pays de vivre avec la liberté mais pour d'autres qui n'en n'ont jamais disposé, ça peut paraître vertigineux. Décider pour nous-mêmes, c'est un chemin perpétuel, c'est nous qui décidons de ce que nous allons faire. Même les silences entre les mots interpellent les lecteurs, ils rappellent également les non dits, toutes ces choses qui se devinent mais qui ne se disent pas.

« Les auteurs sont des passeurs, les livres des miroirs. »

          La lecture est un acte de liberté fondamentale. On choisit le livre et celui-ci nous choisit également... Les mots possèdent des pouvoirs évocateurs, ouvrant des fenêtres et nous portant sur autre chose. Ils sont intemporels.

         

          Cette rencontre formidable et enrichissante n'aurait pas été possible sans notre professeure de français, Mme Demars, ainsi que le proviseur-adjoint, M. Trézeux. C'est pourquoi nous vous en remercions infiniment.

          Et bien évidemment un immense merci à madame Lamia Berrada Berca qui nous a parlé avec sagesse et sincérité... Vous nous avez énormément apporté que ce soit par rapport à votre livre -et à la littérature en général- mais aussi par rapport à tout ce que vous avez dit sur la vie. C'était tellement beau et vrai... Merci encore une fois. On vous souhaite tout le meilleur pour la suite.

 

 

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