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Les élections allemandes : un nouveau visage pour l'Europe ?

Cette fois, c'est officiel : après un règne long de 16 ans, et 4 mandats consécutifs sur l'Allemagne -comme Helmut Kohl- , Angela Merkel quittera prochainement la chancellerie allemande, suite aux élections législatives du 26 septembre dernier.

A l'occasion du départ de celle qui gouverne la plus grande puissance européenne depuis notre naissance, un certain nombre de questions émergent. Quel constat peut-on faire de sa politique ? Qui reprendra le flambeau ? Vers quelle Europe l'Allemagne post-Merkel se dirige-t-elle ? Et quel en sera l'impact sur la France ? C'est ce que nous allons essayer, avec notre regard de lycéen, de décrire dans cet article.

Angela Merkel s'en va (ici en 2008) - Source : https://en.wikipedia.org/wiki/File:Angela_Merkel_(2008).jpg

Angela Merkel s'en va (ici en 2008) - Source : https://en.wikipedia.org/wiki/File:Angela_Merkel_(2008).jpg

L'Allemagne que laisse derrière elle Angela Merkel

Née en Allemagne de l'Est (RDA) à l'époque de la guerre froide, scientifique de formation, rien ne prédestine Angela Merkel à gravir tous les échelons de l’État jusqu'à son sommet.

Elle est pourtant élue à la tête de la chancellerie allemande en novembre 2005.

Angela Merkel réussit en quelques années à transformer les ressentiments des étrangers en une incroyable confiance. Femme forte, non seulement en Allemagne mais également dans l'Union européenne, elle fait face à de sérieuses et nombreuses crises : la crise économique mondiale de 2008, bien sûr, mais aussi l'importante crise migratoire en 2015, au cours de laquelle elle sauve l'honneur de l'Europe en accueillant un million de réfugiés. La crise du Brexit... sans oublier la crise gouvernementale allemande de septembre 2017, où elle a bien des difficultés à être réélue à son poste. Mais de toutes ces épreuves, y compris celle de la crise sanitaire actuelle, dont sa gestion est jusqu'ici saluée, elle se relève.

Durant ses mandats, Merkel, malgré une cote de popularité étonnamment élevée, a été toutefois exposée à beaucoup de controverses : défendant de manière acharnée l’orthodoxie budgétaire, elle se montre cruelle avec la Grèce alors que la crise économique l'a ruinée ; ses relations avec la Russie de Poutine, notamment à propos du gaz russe, ravivent également régulièrement les tensions européennes.

Diplomate d'exception, marchant dans les pas de Konrad Adeneuer et dans ceux de son mentor Helmut Kohl (ancien chancelier), elle multiplie les rapprochements politiques avec la France, sous Chirac, Sarkozy, Hollande, et désormais Macron. Privilégiant l'axe franco-allemand à toute autre alliance géopolitique, elle impose ce couple à l'Union Européenne, qui, bien souvent, a dû se plier aux décisions que les deux plus grandes puissances européennes prenaient. La dernière en date ? La mutualisation de la dette européenne en 2020, impulsée par la France et l'Allemagne.

Bref, l'Allemagne que Merkel laisse derrière elle, malgré l'épidémie de coronavirus, est celle d'un pays à l'économie forte, et reste à l'international un modèle de stabilité...d'où le surnom que lui donnent les Allemands, "Mutti" (maman).

Les candidats à la succession de Merkel

Après une si longue période sans transition politique, on se doutera que de nombreux successeurs souhaitaient remplacer Angela Merkel à la tête de l'Allemagne. Mais à l'heure des résultats du 26 septembre, seuls deux candidats ont une réelle chance d'accéder à la chancellerie : Armin Laschet, de la CDU (parti conservateur de Merkel), et Olaf Scholz, du SPD (équivalent de notre parti socialiste). Avec respectivement 25,7% et 24,1% des suffrages, les deux candidats sont actuellement au coude à coude et revendiquent tous deux le poste de chancelier.

Très différents sur le plan des idées, Scholz et Laschet ont cependant un point commun : ils se posent en héritiers de la chancelière.

Olaf Scholz, est d'ailleurs allé jusqu'à écrire sur des affiches électorales le slogan : "Er kann Kanzlerin", "Il peut devenir chancelière". Avec une vision plus centriste, alors que son parti le SPD se situe clairement à gauche, Olaf Scholz peut être perçu comme un homme terne.  Der Spiegel, célèbre journal allemand, l'a d'ailleurs qualifié de "l'incarnation de l'ennui en politique"...

Ministre des finances, vice-président et pilier du gouvernement actuel, Scholz possède toutefois une crédibilité et un professionnalisme que beaucoup d'Allemands apprécient. Alors que le SPD était en déclin depuis plusieurs années, Scholz est donc à la fois le grand vainqueur de cette élection, mais également la plus grande surprise.

Face à lui, le très attendu Armin Laschet, actuel dirigeant de la Rhénanie, région la plus riche d'Allemagne. Le petit homme à l'air jovial, annoncé grand favori il y a quelques mois à l'issue de la primaire de la CDU-CSU (où il avait emporté l'investiture de son parti notamment face à Söder et Merz), a dégringolé dans les intentions de votes, pour finir deuxième derrière le SPD au 26 septembre. Il s'agit d'une première pour la CDU qui gouverne depuis 16 ans.

Laschet avait en effet multiplié les maladresses lors de sa campagne : pendant l'été : il a, par exemple, été photographié hilare alors qu'il se rendait sur le lieu des inondations ayant ravagé l'ouest de l'Allemagne. Malgré le soutien d'Angela Merkel, la rondeur du candidat semble donc l'emporter sur le carré de l'actuelle chancelière... et difficile de penser qu'il puisse gagner l'élection, tout en ayant fini deuxième.

Une voix alternative à ces deux partis traditionnels allemands est incarnée par Annalena Baerbock, militante écologiste qui bénéficie d'une dynamique exceptionnelle et place son parti des Grüne (les Verts) en 3e position. Si elle se distingue de ses concurrents par sa jeunesse (elle n'a qu'une quarantaine d'années), son optimisme, et ses projets écologistes très attrayants et nécessaires à l'Allemagne qui fonctionne toujours au charbon, il n'en reste pas moins qu'elle a encore du chemin à faire avant d'accéder à la chancellerie - et cela est en partie dû à un changement des mentalités encore incomplet en Allemagne.

L'avenir de l'Allemagne

Quel que soit le prochain chancelier, l'avenir reste incertain pour la future Allemagne post-Merkel. En effet, la formation d'une coalition à majorité socialiste ou conservatrice ne pourra se faire, au vu des résultats, sans l'appui des écologistes de Baerbock, ou des libéraux du FDP mené par Lindner... alors qu'une coalition gouvernant à trois n'a jamais été vue en Allemagne fédérale. Ces derniers se retrouvent donc dans la position de "faiseurs de roi", fait également inédit dans l'histoire allemande. Merkel restera donc potentiellement chancelière encore quelques mois... voire probablement jusqu'à Noël !

Une coalition entre le SPD, les écologistes et les libéraux serait toutefois en cours de négociation, selon les présidents du FDP et des verts.

Malgré des divergences de points de vue économique, social, et même sanitaire, les deux principaux candidats sont europhiles et promoteurs d'une Europe de la défense. Le futur de l'Allemagne ainsi que celui de l'Europe, et du partenariat historique franco-allemand, est alors, nous pouvons le supposer, assuré. Nous attendons avec impatience les résultats définitifs d'une élection importante, qui s'annonce même historique, car la plus clivée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Pour ma part, j'aurais peut-être préféré voir les candidats de die Linke grapiller plus de sièges au Bundestag (Parlement fédéral allemand)...

Robin

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I
La vache je crois que je vais essayer de m'intéresser un peu plus à la politique enfaite
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L
Un article super intéressant, qui décrit parfaitement et simplement la situation ! ;)
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